Pollinisation au Limpopo (Afrique du Sud) : macadamia, avocat, mangue

Dans la province du Limpopo, au nord de l'Afrique du Sud, la production de macadamias, d'avocats, de mangues, d'agrumes et de cucurbitacées dépend largement des insectes pollinisateurs. Depuis 2024, Apihappy y collabore à la pollinisation avec 300 ruches. Chaque culture a ses propres besoins : certaines reposent presque entièrement sur l'abeille domestique, d'autres surtout sur les pollinisateurs sauvages. Voici ce que ce terrain nous apprend, et ce qu'il change pour nos prestations en France.

Le Limpopo, grande région fruitière sud-africaine

Grâce à son climat subtropical, le Limpopo est l'une des principales régions horticoles du pays. On y trouve de grands vergers de macadamias et d'avocatiers autour de Levubu et de Tzaneen, et la majeure partie de la production nationale de mangues, notamment entre Tzaneen et Hoedspruit. Dans ces exploitations intensives, la pollinisation par les insectes est un service indispensable au rendement.

Quels besoins de pollinisation selon les cultures ?

Macadamia : la pollinisation croisée avant tout

L'Afrique du Sud est le premier producteur mondial de noix de macadamia. Cette culture dépend fortement de la pollinisation croisée : la plupart des noix récoltées proviennent d'un pollen apporté depuis une autre variété compatible. Les noix issues d'autofécondation sont plus légères, ce qui pèse directement sur le chiffre d'affaires. Ajouter des ruches ne suffit pas : les abeilles domestiques ont tendance à butiner le long d'une même rangée, donc d'une même variété. L'emplacement des ruches et l'alternance des variétés dans le verger comptent autant que leur nombre, et une densité trop élevée peut réduire l'efficacité.

Avocatier : une fleur qui change de sexe dans la journée

Les fleurs d'avocatier sont d'abord femelles, puis mâles, selon un rythme qui diffère entre les variétés de type A et de type B. Pour obtenir des fruits, il faut donc que des insectes transportent le pollen entre les deux types au bon moment. L'abeille domestique y participe, avec une activité maximale en milieu de matinée, mais les mouches et les syrphes sauvages jouent aussi un rôle important dans la mise à fruit.

Manguier : les mouches plus que les abeilles

Les fleurs de manguier produisent peu de nectar et attirent peu l'abeille domestique. Leurs principaux visiteurs sont des mouches et des syrphes. Une étude menée dans des vergers du Limpopo (Carvalheiro et al.) a montré que des parcelles de fleurs indigènes plantées près des manguiers augmentaient la diversité des pollinisateurs et la production de fruits.

Agrumes, cucurbitacées, tournesol

  • Agrumes : leur floraison riche en nectar est une ressource importante pour les colonies de la région.
  • Cucurbitacées (pastèques, melons, butternuts) : fleurs mâles et femelles séparées, donc pollinisation par les insectes indispensable. L'abeille domestique y travaille aux côtés d'abeilles sauvages et d'abeilles sans dard indigènes.
  • Tournesol : la pollinisation croisée améliore le remplissage des graines.

Les menaces qui pèsent sur les pollinisateurs

  • Monocultures et perte d'habitats : moins de sites de nidification et moins de fleurs sauvages autour des parcelles.
  • Pesticides : les traitements, surtout combinés, nuisent à la santé et au comportement des insectes.
  • Sécheresses et vagues de chaleur : elles réduisent la production de nectar et décalent les floraisons.
  • Contraintes propres à l'apiculture locale : vols et vandalisme de ruches, attaques du ratel (blaireau à miel), varroa, et parasitisme par l'abeille du Cap (Apis mellifera capensis).

Les solutions mises en œuvre

  • Bandes et parcelles de fleurs indigènes en bordure de vergers, pour attirer et maintenir les pollinisateurs sauvages.
  • Attractifs à base de phéromones, testés pour stimuler la visite des fleurs d'avocatiers ou de macadamias.
  • Agriculture de précision (capteurs, drones, imagerie) pour mieux cibler l'irrigation et les traitements et épargner les insectes utiles.
  • Politiques publiques : l'apiculture est considérée comme une filière stratégique par le ministère de l'Agriculture et le Conseil de la recherche agricole (ARC) ; le plan national pour l'agriculture et l'agro-transformation (AAMP) et des programmes de développement rural structurent de petits apiculteurs en coopératives, notamment dans le district de Vhembe.

Ce que cela change pour nos prestations en France

Le Limpopo confirme trois principes que nous appliquons dans nos locations de ruches pour la pollinisation en Île-de-France et en région Centre :

  1. Adapter la densité à la culture : plus de ruches n'est pas toujours mieux.
  2. Placer les ruches au bon endroit, en tenant compte des variétés et des rangs à polliniser.
  3. Préserver les pollinisateurs sauvages : fleurs en bordure de parcelle et traitements évités pendant la floraison.

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Sources

  • Carvalheiro L. G. et al., Creating patches of native flowers facilitates crop pollination in large agricultural fields: mango as a case study.
  • Agricultural Research Council (ARC), Bees and pollination requirements for crops, Afrique du Sud.
  • Département de l'Agriculture d'Afrique du Sud, Agriculture and Agro-processing Master Plan (AAMP).
  • Nkwele Agribusiness / IDC, Consolidated Final Report on Rural Apiculture Development for Limpopo.
  • Horizon scan IPBES / Macquarie University, Future threats and opportunities for pollinators and pollination.

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