Buckfast ou abeille noire : impact sur l'acceptation ?
Buckfast ou abeille noire : impact sur l'acceptation d'une reine ?
Il n'existe pas d'étude comparant directement l'acceptation d'une reine Buckfast introduite dans une colonie d'abeilles noires à celle d'une reine noire introduite dans la même colonie, avec un protocole propre et des taux mesurés. L'origine génétique de la reine et de la colonie receveuse peut influencer l'acceptation, mais rien ne permet aujourd'hui d'affirmer qu'une reine Buckfast est systématiquement moins bien acceptée par une colonie d'abeilles noires qu'une reine noire ne le serait. D'autres facteurs, décrits plus bas, pèsent probablement davantage que la race de la reine.
Que dit notre propre expérience chez Apihappy ?
Sur nos souches Buckfast, les interventions liées au changement de reine restent en général plus simples que sur des colonies d'abeilles noires, où l'acceptation d'une nouvelle reine peut être plus irrégulière. Cette observation porte sur le tempérament de la colonie receveuse, pas sur une comparaison entre reines de races différentes : elle ne permet pas de conclure qu'une reine noire serait mieux acceptée par une colonie noire qu'une reine Buckfast ne le serait par cette même colonie.
Une colonie au comportement plus calme est en général plus simple à manipuler et à orpheliner correctement, ce qui facilite toute introduction, quelle que soit la race de la reine introduite. C'est ce lien entre tempérament de la colonie et facilité d'introduction, plutôt qu'un rejet spécifique de la race Buckfast, que notre expérience terrain permet d'affirmer.
Une étude a-t-elle comparé directement reine Buckfast et reine noire ?
Non, à notre connaissance. Nous n'avons trouvé aucun travail publié comparant, avec un protocole contrôlé, l'introduction d'une reine Buckfast et d'une reine d'abeille noire dans des colonies d'abeilles noires. Les études disponibles portent sur des comparaisons proches mais différentes, en particulier entre colonies européennes et colonies africanisées, ce qui limite ce que l'on peut en conclure pour un contexte français.
L'origine génétique de la colonie receveuse influence-t-elle l'acceptation d'une reine étrangère ?
Oui, dans une certaine mesure : une étude de DeGrandi-Hoffman et ses collègues (2007) a montré que des colonies européennes acceptaient globalement mieux des reines européennes que des colonies africanisées, ce qui suggère qu'une discordance génétique entre la reine et la population receveuse peut jouer un rôle, en plus de la saison et de l'état physiologique de la reine. Nous détaillons cette étude et les mécanismes phéromonaux associés dans notre article sur les causes de rejet d'une reine introduite.
Cette étude ne porte cependant pas sur des colonies d'abeilles noires ni sur des reines Buckfast : le contexte génétique et écologique des abeilles africanisées est très différent de celui d'un rucher français. Le principe, une origine génétique éloignée peut compliquer l'acceptation, reste intéressant, mais son ampleur pour le couple Buckfast/abeille noire n'a pas été mesurée.
Buckfast et abeille noire sont-elles génétiquement proches ?
Non : les classifications génomiques placent l'abeille noire, Apis mellifera mellifera, dans la lignée évolutive M, propre à l'Europe de l'ouest et du nord. La Buckfast est une population sélectionnée à partir de plusieurs races, principalement issue de croisements avec des lignées de type carnica et ligustica (lignée C), et s'est éloignée génétiquement de la lignée M au fil des sélections. Une étude publiée en 2024 sur des drones d'abeille noire native et des drones Buckfast hybrides du sud-ouest de la Suède a mis en évidence des différences écologiques mesurables entre les deux populations, cohérentes avec une adaptation locale distincte.
Cette distance génétique réelle entre Buckfast et abeille noire ne doit cependant pas être confondue avec une distance comportementale au moment de l'introduction d'une reine : la génétique éclaire l'origine des deux populations, elle ne mesure pas directement leur compatibilité au moment d'une introduction.
Cette distance génétique se traduit-elle par un risque de rejet plus élevé ?
On ne peut pas l'affirmer avec les données disponibles aujourd'hui. L'origine génétique de la reine et de la colonie receveuse semble influencer l'acceptation, comme le suggèrent les études sur les colonies africanisées, mais il n'existe pas de démonstration robuste permettant d'affirmer qu'une reine Buckfast est systématiquement moins bien acceptée par une colonie d'abeilles noires qu'une reine noire. Une phrase du type « les abeilles noires refusent les reines Buckfast » irait au-delà de ce que la littérature actuelle permet de conclure.
Quels facteurs pèsent réellement sur l'acceptation, au-delà de la race de la reine ?
Dans notre expérience et selon la littérature disponible, la présence ou non d'une reine ou de cellules royales dans la colonie, la durée d'orphelinage, le fait que la reine soit vierge ou déjà fécondée et en ponte, la saison et l'intensité de la miellée, ainsi que la méthode d'introduction elle-même, pèsent davantage sur le résultat que la race de la reine introduite. Nous détaillons chacun de ces facteurs, avec les études correspondantes, dans notre article sur les causes de rejet d'une reine introduite.
Concrètement, une reine Buckfast en ponte confirmée, introduite selon un protocole rigoureux dans une colonie noire correctement orphelinée, a de meilleures chances d'être acceptée qu'une reine noire vierge introduite à la hâte dans une colonie qui n'était pas réellement orpheline.
FAQ
Une reine noire est-elle toujours mieux acceptée par une colonie d'abeilles noires qu'une reine Buckfast ?
Non, cela n'a pas été démontré. L'origine génétique peut jouer un rôle, mais aucune étude ne permet d'affirmer qu'une reine noire serait systématiquement mieux acceptée qu'une reine Buckfast par une colonie d'abeilles noires.
Peut-on tenir Buckfast et abeilles noires sur le même rucher ?
Oui, de nombreux ruchers mixtes existent. Le risque principal n'est pas le rejet d'une reine à l'introduction, mais la dérive et le croisement non contrôlé entre colonies voisines, qui peut modifier le comportement des générations suivantes.
Pourquoi les colonies d'abeilles noires semblent-elles parfois plus difficiles à requiner ?
Notre expérience associe cette difficulté au tempérament plus vif de certaines colonies d'abeilles noires, qui complique l'orphelinage et la manipulation, plutôt qu'à un rejet spécifique de la race de la reine introduite.
Faut-il éviter d'introduire une reine Buckfast dans une colonie d'abeilles noires ?
Rien ne le justifie scientifiquement à ce jour. Le respect du protocole d'introduction (orphelinage réel, reine en ponte, saison favorable) compte davantage que la race de la reine.
Pour aller plus loin
Pourquoi ma nouvelle reine n'est-elle pas acceptée ? — Comment introduire une reine dans sa ruche
Article rédigé par Julien Perrin, Président fondateur d'Apihappy – Miellerie Perrin, apiculteur professionnel et agrégé de SVT.